Le dernier hippie fête ses 70 boogies

 Le dernier hippie français le 10 juillet 2015, au mariage de son fils.
Michel M., le dernier hippie, le 10 juillet 2015, au mariage de son fils.

PORTRAIT
Contrairement à d’autres baby-boomers, le dernier hippie français, Michel M. n’a rien renié de ses idéaux pacifistes, de son goût pour la contre-culture ni de sa passion du rock. Dans son petit village de l’Aisne, il continue à croire, envers et contre tout (et contre tous, parfois) au Peace and love emblématique de sa jeunesse.

Par David Marquet

« J’ai toujours préféré le woogie, en fait ». Michel M. a 70 ans aujourd’hui, et sa femme et ses enfants lui ont offert un CD compilant ses 70 titres préférés, intitulé 70 Boogies. « C’est idiot, parce que je les ai déjà tous. En double. » Même s’il fait au moins quinze ans de moins, il n’ a jamais aimé les anniversaires… le sien encore moins. Même quand on le félicite d’être le dernier hippie vivant, Michel sourit en coin. « Je n’ai jamais vraiment été hippie. Beatnik, à la rigueur. » On peut toutefois en douter. Passionné de musique, il possède une des plus grandes collections de disques de rock du pays, avec pas moins de 12 000 albums,
dont 5 000 vinyles.

Grand, mince, un regard bleu vif, ses cheveux, qu’il coiffe le plus souvent en catogan, lui descendent jusqu’au milieu du dos. Alors que la majorité de sa génération les a coupés au début des années 1980, lui n’en a jamais eu envie. « À quoi ça sert ? Ça repousse. »
Ses préférences ? Outre Bruce Springsteen, dont il ne rate jamais un concert, Jefferson Airplane, les Rolling Stones, les Who, et bien sûr Le Mort reconnaissant. « N’écrivez pas « Le Mort reconnaissant », nous prévient-il, comme dans cette traduction de Tom Wolfe qui m’avait exaspéré au plus haut point. ». 

Une de ses autres passions, c’est la langue française. Fils de deux professeurs de lettres, il commença sa carrière comme secrétaire de rédaction au journal L’Express, et fut aussi l’un des derniers correcteurs, avant que le métier ne disparaisse. Entre les deux, Michel exerça le métier de maquettiste, la personne qui monte les pages d’un journal en suivant le « chemin de fer », le schéma desdites pages dans l’ordre de lecture. Il fut d’ailleurs l’un des derniers à utiliser les tables lumineuses, et à coller les textes et les photos sur du papier millimétré. Aujourd’hui à la retraite, il s’est trouvé un autre emploi d’appoint : figurant. Sa chevelure abondante lui vaut d’être choisi pour des films et des séries historiques. On l’a vu récemment dans Versailles, sur Canal plus, et il fit ses débuts dans L’Allée du roi, après que son premier fils, David, l’avait présenté à un directeur de casting. Alors comédien, celui-ci s’est aujourd’hui reconverti comme secrétaire de rédaction, suivant les traces de son père.

Lisant des années durant L’Équipe, car il était fan de Formule 1, quand on apprend à Michel que le quotidien sportif a décidé de se séparer des secrétaires de rédaction, il lève les yeux au ciel. « Ah bon ? Ils trouvent qu’il n’y a pas assez de coquilles et d’erreurs de langage comme ça dans la presse ?  ». Les repérer fait partie de ses plaisirs, tout comme pointer les néologismes comme « solutionner », qui l’agacent profondément. « « Résoudre », c’est tellement plus beau. Il y a aussi l’expression « caracoler en tête » pour parler de la vitesse d’un sportif, alors qu’au départ ça désigne le pas lent d’un cheval, pour une parade. Ou « égalité parfaite », qui se pose un peu là comme pléonasme  ». 

Côté politique, Michel se dit « plutôt de gauche », mais la situation du pays et la montée du Front national ne lui donnent qu’une envie : finir ses jours au Portugal, où « la vie est beaucoup moins chère et bien plus agréable. Un exemple ? On peut fumer un joint aux terrasses des cafés ». Car sans grande surprise, le fringant septuagénaire, non-violent et pacifiste comme tout bon hippie qui se respecte, est adepte de l’herbe qui rend nigaud, qu’il consomme quotidiennement.

C’est sans retenue aucune en revanche qu’il adore les animaux. « Entre eux et moi, y a un truc qui passe. » Autrefois propriétaire de plusieurs bas-rouges, il vit aujourd’hui avec pas moins de douze chats. Dans son petit village de Domptin (Aisne), il mène ainsi paisiblement sa vie, auprès de Marie-Clotilde, son épouse, avec laquelle il réitérera ses vœux prochainement pour leurs trente ans de mariage. Avec elle, il a eu deux autres enfants, Quentin et Arthur. Si le premier, qui habite au-dessus de chez eux en toute indépendance, va bientôt partir travailler à l’étranger, le second, qui se rêve en musicien, n’a pas encore décidé de voler de ses propres ailes.

Ce qui consterne un peu son père. « Il est la seule raison qui nous empêche de déménager », soupire-t-il. Souhaitons que ce fils turbulent lui permette de réaliser son dernier rêve, et que l’anniversaire de ce personnage bien sympathique n’arrive qu’à la moitié de sa vie. Ce qui est loin d’être impossible, car comme le dit le dicton populaire :
« Hip hip hourrah, hippie pourra. »

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