« It’s gotta be Chuck Berry music »

Chuck Berry en concert à Hambourg en 1973. Photo Heinrich Klaffs.

Disparu samedi 18 mars à 90 ans, Chuck Berry incarne si bien le rock ‘n’ roll que beaucoup le considèrent comme son inventeur. Ses riffs de guitare et la poésie de ses paroles ont influencé tous ceux qui suivirent, notamment les Rolling Stones et les Beatles. Parfois au point de le plagier, tant son héritage est indépassable.

Par David Marquet 

Johnny B. Goode est LA chanson qui résume le rock ‘n’ roll. Ce  « riff » de guitare déploie toute l’énergie enflammée du genre. Treize mesures électriques (et non pas quatre comme le sous-entend Libération dans son édition de lundi) d’où jaillit une éruption de lave adolescente qui ne s’arrêtera plus jamais. Mille fois copiée, jamais égalée. Et ce n’est pas Marty McFly qui dira le contraire.

 

Pourtant, ce n’est pas avec ce titre de 1958 que Charles Edward Anderson Berry (son vrai nom) se fait connaître, mais avec Maybellene, sorti trois ans plus tôt. Pour des oreilles d’aujourd’hui, la chanson ne paie pas de mine, et pourtant. En mariant une grille de blues avec un rythme country, deux genres qui s’ignoraient superbement, Berry en crée un troisième. Et il y colle des paroles qui sont l’essence même d’une chanson rock : désir sexuel et belles voitures, deux pendants d’une société où l’ado d’alors se sent (à juste titre) exclu. Car le rock ‘n’ roll, c’est avant tout une musique qui s’adresse aux teen-agers, qui parle de leurs problèmes à leurs manières.

Chuck Berry pose les bases du rock pour vingt ans

Mais le génie de Chuck Berry va plus loin : il pose, en quelques de morceaux, les bases de tout ce qui suivra : tant au niveau des mélodies que de la musique en elle-même. Aux deux déjà cités, il suffit de rajouter quelques autres titres pour obtenir tous les types de styles qu’on retrouvera vingt ans au moins. C’est tellement vrai que lui-même s’imite tant dans les intros que les mélodies, comme si, déjà, il avait cerné les limites d’un genre à peine éclos. Pour prendre quelques exemples, Maybellene est la matrice de Thirty Days :

 

School Day (Ring Ring Goes The Bell) fit naître No Particular Place To Go :

 

Johnny B. Goode quant à lui inspira, outre Back In The USA ou Sweet Little Rock & Roller, Carol ou encore Little Queenie, (avec d’infimes variations) :

 

Ce type d’intro est tellement ancré chez lui qu’on la retrouve même dans son premier titre posthume, Big Boys. Car avec Chuck, Berry, à 90 ans, préparait son premier album depuis quarante-huit ans, indique RTL :

 

Et il a même fait des instrumentaux, comme le très joli Mad Lad, nettement moins célèbre mais tout aussi efficace :

 

Son influence est palpable dans toute la galaxie rock. Keith Richards, qui s’en est beaucoup inspiré, a rencontré Mick Jagger grâce à leur passion commune du chanteur, ce qui les amena à créer les Rolling Stones. Par ailleurs le premier single du groupe n’est autre que Comme On, un titre de… Chuck Berry. Ils intégrèrent leur idole à nombre de leurs albums, reprenant Carol, You Can’t Catch Me sur leurs deux premiers opus (The Rolling Stones et N°2), et Little Queenie dans leur deuxième live, Get Yer Ya-Ya’s Out!

 

Les Beatles se firent également les dents sur ses titres et en enregistrèrent deux, Roll Over Beethoven et Rock And Roll Music (respectivement sur With The Beatles et Beatles For Sale). Le Monde indique d’ailleurs que John Lennon déclarait à la télévision en 1972 : « Si vous cherchez un autre nom à donner au rock’n’roll, vous devez l’appeler Chuck Berry. » Preuve que le chanteur-compositeur, plus que tout autre, incarnait le genre même.

Lennon eut d’ailleurs quelques petits soucis avec Berry lorsqu’il fut convaincu de plagiat, comme le rappelle Radio CanadaCome Together (sur l’album Abbey Road, en 1969) étant jugé trop proche de You Can’t Catch Me, où il utilise même une partie des paroles. Comme sentence, Lennon dut enregistrer la chanson sur un album de reprises excellent et hélas peu connu du grand public, Rock ‘N’Roll (1975). La même source revient également sur le titre Surfin’ USA des Beach Boys, qui reprend la mélodie de Sweet Little Sixteen, sans que son auteur soit crédité.

 

Car les paroles de Chuck Berry aussi sont fondatrices, chacune d’entre elles racontant une petite histoire : déception amoureuse, virée en bagnole, ou le simple plaisir de se trémousser sur de la rock and roll music. En cela, Bruce Springsteen le considère dans un tweet comme le « plus grand et le plus pur des paroliers du rock qui ait jamais vécu » :

 

Mick Jagger quant à lui, écrit que l’artiste « a illuminé nos années d’adolescence, et insufflé de la vie dans nos rêves de devenir musiciens et de monter sur scène » :

 

Car là encore, avec son fameux duck-walk, sa marche en canard, Chuck Berry fut un précurseur qui influença les futures gimmicks de Pete Townshend, de Jimi Hendrix ou de Jagger lui-même. Et sur scène, justement, il n’était pas avare de son talent. Mon père, qui l’avait vu à l’Olympia en 1965, m’a raconté qu’au bout de cinq rappels, il était revenu sur scène avec  son imper et son billet d’avion pour déclarer : « Les gars, mon avion décolle dans une heure, celle-ci c’est vraiment la dernière ! » Ma main à couper que c’était Johnny B. Goode.

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