Et Marine devint présidente

Marine Le Pen au Parlement des Invisibles à Hénin-Beaumont le dimanche 15 avril 2012. Photo : Jännick Jérémy.

 

 

 

 

Lettre ouverte à tous ceux qui ont voté Marine Le Pen et qui regrettent déjà leur geste.

Par Raphaël Poli

Revenons ensemble sur ce qui a conduit les Français à devenir de vrais patriotes. À casser de l’Arabe à l’heure de l’apéro et à brûler les livres aux titres trop longs entre les pubs de Touche pas à mon poste.

Marine est une femme.

Marion Anne Perrine Le Pen est une femme.

Marine est donc la seule candidate. Rien que le prénom sonne « anti-système » dans un monde de François et d’Emmanuel, de Jean-Luc et de Benoît.

Ne me cite pas, après un bel effort de mémorisation : Nathalie Arthaud ! Car notre brave candidate est aujourd’hui un des derniers cadavres trotskistes du monde moderne. Quand on gagne 0,56 % des voix en 2012, on est même pas parodié par Laurent Gerra sur RTL. Nathalie Arthaud ou le roman d’une solitude.

Marine est une femme et sa plus grande qualité est d’être moche. Juste moche. Une femme belle ne saurait être compétente et un physique vraiment repoussant comme Édith Cresson ne serait faire justice à nos téléviseurs 4K. Marine a donc le physique de l’emploi et sa laideur est maintenant la nôtre : une belle haine de soi mijotée à la peur de l’autre. Ajouté à cela, une blondeur aux reflets trumpistes et une voix grave trahissant la Gauloise de trop, Marine n’est en rien une fille de chez nous mais en synthétise les signes caricaturaux.

La vraie beauté de Marine se cache dans sa verbe. Je parle le Bleu Marine couramment : je conjugue avec le verbe immigrer et je les accorde avec le temps retrouvé des contrôles aux frontières. La grammaire Front National est devenu ma seconde peau. Je ne suis pas devenu un raciste ordinaire, j’ai voté pour une présidente normale. Elle parle le vrai français de chez nous parce qu’on est chez nous quand on est bien entre nous.

Marine ne dit rien.

La force tranquille de Marine c’est surtout de poser son derrière anti-système sur son canapé made in France pour regarder en silence le journal de Pujadas : Fillon est son meilleur ennemi, Hamon traîne un passé trop lourd, Mélenchon n’a pas su rallier et Macron a trop voulu plaire à tout le monde.

Au deuxième tour, la presse nous a expliqué qu’Emmanuel Macron était notre dernier rempart, le plafond de verre, le seul, l’unique, Néo, Jésus, Dieu, Kennedy, le In, le bon père de famille, la vérité, le combat, la compétence, la bonne note, le succès, la Beauté, l’humour, le vrai français, l’ami, le voisin, la bonne anecdote, le réconciliateur, l’Europe, le slip français, la banque éthique, le footeux du dimanche, un camembert, une loutre qui te dit bonjour, la bise du printemps, la rose du printemps, le printemps tout court…

Et tu n’as pas voté pour lui.

Le monde a changé. Comme entre les deux guerres, la réussite est suspecte. Le système corrompu. L’info mensongère. Nous avons cette sensation trouble que quelque chose nous échappe, c’est irrationnel. C’est très bien de confronter les programmes, d’opposer les arguments dans des paroles et des actes mais savez vous, comme Paris-Match, qu’aux États-unis un électeur américain sur cinq pense que Barack Obama est l’Antéchrist ?

Qu’en est-il en France ? Voyons-nous dans les yeux de François Fillon un reptilien prêt à nous mettre en esclavage ? Mélenchon est-il un communiste qui boit le sang des vierges dans des messes illuminati ? Probable puisque que Gerra-je-dis-ça-je-dis-rien-mais-je-le-dis-quand-même l’écrit sur son mur Facebook en grosses lettres : LA VÉRITÉ EST AILLEURS.

Marine dirige le pays des jouets.

Pinocchio et son ami Lumignon partent pour le pays des jouets. Ils deviennent tellement idiots qu’ils sont transformés tous les deux en baudets.

Si on remplace les attractions par BFMTV, les friandises par la télé-réalité et le plaisir de consommer comme unique valeur morale, on ne souffre pas du complexe de Peter Pan : on devient tout simplement con. Et ça, les psys n’y peuvent rien… Marine n’est pas responsable de notre QI aussi bas que la croissance française, elle récolte la somme de notre ignorance et la transforme en or.

J’oubliais, il y a un super film au cinéma : À bras ouverts. Maintenant, au cinéma les baudets sont autorisés à rire à des blagues racistes, n’en déplaise à L’Obs.

Marine est présidente et tu vas t’indigner.

 

Cette fois, l’heure est grave. L’expression « gueule de bois » est la plus utilisée sur Twitter. Tu vas nous faire trois nuits blanches place de la République. Et même participer à cette vidéo YouTube contre le ministre de l’Éducation Nationale : Florian Philippot. Tu es très en colère, c’est vraiment pas cool, là.

Le journal le Monde explique le phénomène Le Pen. C’est la première fois que tu achètes un quotidien dans un kiosque. Au passage, tu leurs piques l’analyse bien sentie de Raphaëlle Bacqué et tu brilles au repas dominical. Tu t’insurges tellement que tu postillonnes sur ton poulet label rouge. Maman ne t’avait jamais connu dans cet état depuis la défaite du PSG contre le Barça en huitième de finale de la Coupe des clubs champions. Non, sincèrement, tu vas changer les choses parce que là : « On n’en peut plus !».

C’est pas ton voisin qui a voté Le Pen, c’est toute ta famille mon ami. Lutter contre Le Pen, c’est lutter contre la haine de soi avant celle des autres. C’est avoir la sagesse de ne pas se tromper de colère. C’est savoir que « le système », ça ne veut rien dire.

Nous allons enfin vivre une crise majeure dans notre pays. Il te faudra bien réagir, ne pas faire semblant. Les smileys rouges de colères sur Facebook ne seront pas suffisants.

Mais réjouis-toi, car tu vas en profiter pour draguer et boire des coups pendant les manifs, tu vas t’engueuler dans le bus avec ton meilleur ami et te mettre à parler un peu plus de politique que de l’affaire « Benzema ». Peut-être que tu vas ressembler un peu trop à papa mais tu te surprendras à prendre du plaisir à parler remaniement ministeriel entre deux parties de Zelda.

Marine n’a rien changé.

Tu as donc crier ta colère. Bravo. Maintenant que Fillon pointe à l’intermittence du spectacle, que Manuel Valls commence samedi prochain sa chronique chez Ruquier et que Robert Ménard est le premier flic de France tu te dis que quand même y a quelque chose de pourri au royaume de l’anti-système. La sortie de l’euro va prendre un peu plus de cinq ans, ta baguette de pain a augmenté de 10 centimes et les taux d’emprunts ont littéralement explosé.

C’est ballot mais ta Renault tu l’achèteras plus tard. Et tu viens d’effacer de ton historique tes recherches de biens immobiliers. On dirait que le vrai patriote est condamné à la location.

Ah oui, j’oubliais. Les arabes, les noirs et ces salauds d’immigrés sont toujours là. Comme toi, dans la même galère. Mais maintenant, tout le monde marche dans la nuit noire. Avant tu les voyais à travers la fenêtre de ton taxi. Maintenant que les Uber sont retournés de l’autre côté de la frontière, tu traînes tes baskets made in France au look douteux comme si tes pieds trainaient deux poids lourds : ta bêtise et ton vote.

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