« Ou pas ! » la chaîne YouTube qui démonte les clichés du cinoche

Raphaël Poli et Quentin Dupuy, auteurs et acteurs de la série « Ou pas ».

Ou pas ! est une chaîne YouTube qui s’amuse à démonter les clichés du cinéma. Créée par Quentin Dupuy et notre collaborateur Raphaël Poli, cette série, malgré son idée originale et ses qualités de réalisation, pêche parfois par un humour assez obscur et des scénarios qui s’égarent un peu. On attend d’en voir plus.

Parler d’une réalisation d’un collaborateur, et qui plus est d’un ami, n’est pas chose facile. Car Raphaël Poli, à l’origine de la chaîne Youtube Ou pas ! commet aussi la « Chronique furieuse » pour le Jefferson Post, où il est très clair qu’il n’aime pas grand-monde.

C’est d’ailleurs sans doute parce qu’il déteste tout autant les clichés qu’il a eu l’idée, avec le réalisateur Quentin Dupuy, de cette série les clichés du cinéma. Chaque épisode débute par un carton : « Dans les films il fait jour la nuit et tout le monde est bien coiffé » ou « Dans les films le héros désamorce toujours la bombe à temps », suivi d’une courte scène vue et revue sur grand écran. Ladite scène se rembobine jusqu’au début pour laisser place au titre, et ce qui se se passerait dans la vraie vie avec la même situation de départ.

L’idée est originale et franchement jouissive. D’autant que quel que soit le genre revisité, horreur, espionnage, thriller, etc., la réalisation utilise les codes correspondant, de même que la musique. La mise en scène de Quentin Dupuy est soignée, et ce sont de véritables petits courts-métrages, avec une lumière et un montage appliqués. De ce côté-là, rien à redire.

En revanche, du côté des scénarios, le bât blesse un peu. À force de vouloir contredire les clichés, les auteurs se perdent parfois en route. Car chaque épisode commence au milieu d’une histoire dont nous ne connaissons pas suffisamment les tenants et aboutissants pour nous y impliquer pleinement. Un exemple : dans l’épisode du téléphone, l’un des personnages est poursuivi par un tueur en série ou un zombie (ce n’est pas explicite, du moins au début). Pour faire mentir le cliché selon lequel le téléphone ne capte jamais dans les films, il appelle un ami, qui est à une soirée. Celui-ci coupe court à la conversation, lui reprochant (croit-il) d’avoir pris des champignons hallucinogènes. Mais ce développement est tellement éloigné du sujet que l’on a du mal à le trouver crédible. Sans doute les auteurs (qui jouent également tous les rôles principaux) gagneraient-ils à opposer le cliché de départ à un conflit plus terre-à-terre, auquel il serait plus aisé de s’identifier. Car les situations sont souvent plus rocambolesques que le cliché lui-même, et comportent des éléments de dialogue (par exemple « Ton plan c’était de la merde ») qui ne peuvent être appréciés, dans un film, que si on l’a vu et entendu tout ce qui y a mené.

Par ailleurs, l’humour, un peu trop potache souvent, voire carrément bizarre, nuit à l’idée de départ (encore une fois excellente, et qui tranche sur les sempiternels vlogs du net). Enfin, les chutes sont rarement à la hauteur du contre-cliché, et c’est dommage. D’autant que le sujet des clichés au cinema est vaste et peut donner lieu à de savoureuses réinterprétations.

À propos d’interprétation, comme les auteurs s’inspirent clairement de films américains, on ressent comme un décalage entre leur jeu et leurs rôles. Sans doute est-ce voulu, mais on sent qu’ils ne réussissent pas à choisir entre employer uniquement des dialogues « américains » ou des échanges « franchouillards ». Un choix qui apporterait probablement plus de lisibilité à ce joli projet (la série ne compte pour l’instant que quatre épisodes).

Quand aux acteurs eux-mêmes, si Raphaël Poli, fort de longues années sur les planches, parvient sans peine à nous faire croire à ses personnages, on ne peut hélas pas en dire autant du réalisateur Quentin Dupuy, qui a tendance à dire toutes ses répliques sur le même ton.

Quoi qu’il en soit, l’épisode Les Cartons, de loin le plus réussi, laisse présager d’une maturité d’écriture qui ravira les détracteurs de clichés cinématographiques et apportera à ces jeunes auteurs des abonnés de plus en plus nombreux. C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

 

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