Notre si chère solidarité l’est-elle trop ? (1/3)

La salle du 6e étage de Libération, avant le début des débats. Photo : DSJC.
La salle du 6e étage de Libération, avant le début des débats. Photo : DSJC.

Solidarité, compétitivité, syndicalisme et emploi furent les quatre thèmes abordés lors du forum Libération sur le modèle social français. Le Jefferson Post y était.

Première partie de notre compte-rendu du forum Libération de samedi. Où l’on apprend que la solidarité, tout le monde est pour, mais pas n’importe comment ni à n’importe quel prix.

Par David Marquet

Le forum sur le modèle social français organisé samedi par Libération est loin d’être leur coup d’essai. Depuis des années, le quotidien organise ces rencontres sur divers sujets d’actualité. Le but : faire se rencontrer public et spécialistes, qu’ils soient politiques, syndicalistes, économistes, sociologues ou philosophes. Leur expertise permet de clarifier des problématiques complexes et souvent controversées. La première de ces rencontres portait sur les mesures de solidarité. D’un côté, ceux qui veulent la préserver et la pérenniser par tous les moyens peu importe le coût des dépenses, de l’autre qui souhaitent les réformer tout en promettant de ne pas (trop) toucher à ses fondamentaux.

L’historienne Axelle Brodiez-Dolino rappelle quelques étapes-clés. Avant la IIIe République, la protection sociale n’existait pas, et si l’on devait « assistance à son prochain », l’aide d’État n’était réservée qu’aux invalides. Les premières lois sociales pour les valides seront votées entre 1893 et 1905. C’est en 1945, alors qu’une énorme misère frappe les populations les plus âgées, prises en charge par les seules associations, que sont créés le Secours catholique et le Secours populaire, suivis en 1949 par la création d’Emmaüs. En 1956 les premiers minima vieillesse font leur apparition. Enfin, en 1985, le revenu minimum d’insertion (RMI, ancêtre du RSA) est créé suite aux expérimentations à Rennes de l’association Agir tous pour la dignité Quart-monde (ATD Quart-monde).

Ce qui divise les économistes et focalise le clivage entre droite et gauche, c’est bien sûr la question du financement. Notamment celui de la Sécurité sociale, dont le déficit a pourtant reculé à 6,6 milliards d’euros en 2015, contre 9,7 milliards en 2014, souligne le Monde.

Marie-Anne Montchamp, secrétaire nationale à la protection sociale Les Républicains (LR), s’oppose frontalement au philosophe Henri Peña-Ruiz, membre du Parti de gauche (PG). Si la première peut se vanter d’avoir fait voter la loi du 11 février 2005 sur les personnes en situation de handicap, elle insiste néanmoins sur la nécessité « d’interroger nos compatriotes sur la nature même du financement de notre protection sociale ». Selon elle, « il n’y a pas les généreux d’un côté et les salopards de l’autre », tout en pointant du doigt que « les Français sont inquiets et n’entrevoient pas de solution pour demain ».

Son argument : « Les problèmes de santé publique ont changé. Le projet n’est plus de guérir les gens, mais de leur permettre de rester debout ». Pas très encourageant. Elle concède néanmoins que « la vertu budgétaire n’a aucun sens dans l’absolu », et que la question du logement est « déterminante »,  particulièrement dans le cas des SDF, dont « 30 % sont frappés de pathologies psychiatriques ». Elle est hélas en dessous de la réalité, puisque le Monde relevait que 40 % des sans domicile fixe souffrent de maladies mentales.

Jurant qu’elle se « défie de l’idéologie », Mme Montchamp n’en critique pas moins l’aide médicale d’État, et sa ligne budgétaire, tout en reconnaissant qu’il est « impossible d’évoquer le sujet de manière apaisée ». Pourtant elle a cette conviction : « Aucun homme politique normalement constitué ne fait primer l’économie sur le social. » Surprenant, alors qu’elle a été secrétaire d’État chargée des personnes handicapées de 2010 à 2012, sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Car l’ex-président-qui-veut-le-redevenir a fait tout l’inverse durant son quinquennat : allongement de la durée des cotisations retraite (et donc du travail) service minimum (pour circonscrire les grèves dans le secteur public), la suppression de 60 000 fonctionnaires, et le fameux bouclier fiscal. Un bilan social pour le moins contrasté, constatent les Échos. Auxquels il faut ajouter 1 million de chômeurs et 337 000 pauvres supplémentaires et 75 milliards d’euros de cadeaux fiscaux fin 2012, rapporte l’Obs.

Face à ces critiques de la solidarité à la française, Henri Peña-Ruiz, à grands renforts de citation de Victor Hugo et de Charles-Henri Fourier, n’a pas de mots assez durs pour contre-attaquer. Assénant que « l’État-providence est une expression stupide », il fustige Laurent Wauquiez pour sa comparaison des droits sociaux à de « l’assistanat ». Rappelant perfidement que « les capitalistes du XIXe siècle exploitaient leurs ouvriers mais se rendaient le dimanche à la messe » et que le ministre communiste Ambroise Croizat créa la Sécurité sociale, comme l’explique La Marseillaise, il soutient que l’équilibre des dépenses et des recettes peut être atteint pour l’institution « en assignant les industries pharmaceutiques à payer leurs impôts ». « Le monde n’a jamais autant produit de richesses, pourtant on voit de nouvelles formes de misère », s’indigne-t-il. « Quand le SAMU s’arrête sur la route pour un blessé, on ne commence pas par lui demander sa carte bancaire. » Phrase qui lui vaut les applaudissements d’une grande partie du public.

 

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