Hamon crée la surprise à la primaire de la gauche

Benoît Hamon lors de son meeting de Saint-Denis le 28 août 2016. Photo : Marion Gemma.

Benoît Hamon est arrivé en tête de la primaire de la Belle alliance populaire, avec 35,86 % des voix contre 31,22 % pour Manuel Valls, pourtant donné favori. Arrivé troisième, Arnaud Montebourg, avec 17,3 %, a appelé dès dimanche soir à voter pour le député frondeur, ne laissant pas beaucoup de chance à l’ex-premier ministre de l’emporter au second tour.

Par David Marquet

Un nouveau camouflet pour le gouvernement de François Hollande. Benoît Hamon a réalisé le meilleur score de la primaire dimanche 22 janvier , avec 35,86 % des voix, rapporte le Monde, contre 31,22 % pour Manuel Valls, pourtant donné en tête, notamment par les Échos. Le représentant de la gauche frondeuse, dont les détracteurs considèrent le programme « irréaliste » a pourtant convaincu ceux qui ne pardonnent pas à l’ancien premier ministre la dérive droitière du quinquennat, dont la loi travail fut le point de rupture.

On peut s’étonner d’un tel résultat, mais on doit avant tout trouver des raisons de s’en réjouir. Cette avancée de Hamon prouve que le peuple de gauche ne s’est pas résigné à abandonner ses idéaux, et qu’il croit toujours à une alternative à Macron,  pour éviter un second tour « annoncé »Fillon-Le Pen. Qui plus est, avec Arnaud Montebourg, arrivé troisième avec 17,3 %, appelant à voter pour lui, Hamon, dispose d’une réserve de voix bien plus conséquente que Valls, qui n’a obtenu, jusqu’à présent, que le ralliement de Sylvia Pinel, souligne l’Indépendant. Cette dernière, avec ses 1,98 %, ne risque pas de faire pencher la balance en faveur de l’ancien premier ministre. Benoît Hamon a reçu en outre dès lundi le soutien de Martine Aubry, maire de Lille et figure historique de la gauche (et bête noire de la droite), qui appelle également ses proches à voter pour lui, indique le Figaro.

Hamon, soutenu par Montebourg, fait figure de favori

Le calcul est donc simple : si les soutiens de Montebourg suivent ses directives (et l’on voit mal comment ils pourraient se reporter sur Valls), Hamon est assuré de la victoire : 35,86 + 17,3 = 53,16. Et même si les électeurs de Vincent Peillon (6,79 %) se rangeaient derrière lui avec ceux de Pinel, Manuel Valls n’obtiendrait que 39,99 % des suffrages (31,22 + 6,79 + 1,98). Bien entendu, ce ne sont que des conjectures, et il faudra voir comment les deux hommes se comportent lors du débat d’entre deux tours qui doit avoir lieu mercredi. Débat qui s’annonce houleux, à en juger par les attaques de l’ancien locataire de Matignon contre son adversaire, en particulier sur la question de la laïcité, relevées par le Parisien.

Pour autant, on voit mal comment les aficionados de François de Rugy (3,82 %) pourraient se rabattre sur une candidature Valls, d’autant que le programme de Hamon est nettement plus tourné vers l’écologie que celui de son rival, note le Huffington Post. Quant à Benhamias et ses 1 %, quel que soit le choix de ceux qui ont mis son bulletin dans l’urne, ça ne changera pas grand-chose…

Alors, Hamon est-il un candidat crédible pour la gauche, la vraie ? Revenu universel, transition écologique, lutte contre les déserts médicaux et meilleurs remboursements de soins, et bien sûr fin de la loi El-Khomri, le programme de Hamon, détaillé ici par l’Obs, a en tout cas alléché les gens de gauche qui ne se reconnaissent ni dans Macron ni dans Mélenchon. Et, que Macron remercie l’ex-ministre de l’Éducation d’être arrivé en tête, comme le pense Challenges, ou que Mélenchon propose au favori un café en cas de victoire dimanche, en vue d’un rapprochement, comme l’annonce Libération, cette percée de Hamon prouve néanmoins que pour les électeurs de dimanche dernier, une autre voie est envisageable. Et que cette présidentielle, après le renoncement de Hollande et la désignation de Fillon comme candidat de la droite, est loin d’être jouée et nous réserve encore de nombreuses surprises.

 


Le cafouillage du décompte des voix


La primaire de la gauche n’a pas brillé par son professionnalisme, c’est le moins qu’on puisse dire. Outre les deux journalistes du Monde qui ont réussi à voter deux fois, le décompte des voix a posé un sérieux problème. En effet, comme l’explique encore le Monde, 350 000 votes supplémentaires sont apparus sur le site de la primaire entre sans affecter les résultats. Comme si toutes ces personnes avaient exprimé leur suffrage de manière strictement identique aux premières estimations, ce qui paraît pour le moins peu probable… Le PS a d’abord évoqué un « bug » avant de parler d’une « erreur humaine ».

Quoi qu’il en soit, les résultats définitifs n’étaient toujours pas connus mardi, rendant impossible leur publication détaillée, précise le quotidien. Un amateurisme qui donnera du grain à moudre aux contempteurs du PS, et plus généralement de la gauche, qui n’avait vraiment pas besoin de ça.

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