Oui, la presse a raison de tailler un costard à Fillon

François Fillon en visite à Belfort le 19 octobre 2016 lors de la primaire de la droite. Photo : Thomas Bresson.

Depuis le « Penelopegate » jusqu’à ses costumes, Fillon et ses militants attaquent incessamment les journalistes traitant de ses affaires (au sens propre comme au figuré). Ces différents médias « forcément de gauche » ne font pourtant qu’illustrer la liberté de la presse que nous envient nombre de pays.

« Acharnement médiatique », « assassinat politique », François Fillon et ses partisans n’ont pas de mots assez durs pour qualifier l’attitude de la presse, forcément « partisane » (entendez, de gauche) depuis les révélations du Canard enchaîné le 5 janvier sur les emplois présumés fictifs de sa femme Pénélope. Mis en examen le 14 mars pour « détournement de fonds publics », « complicité et recel de détournements de fonds publics », « complicité et recel d’abus de biens sociaux » et « manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique », selon le Monde (fameux fanzine communiste), l’ancien Premier ministre a vu l’enquête élargie une semaine plus tard à des faits de « faux et usage de faux » et d’« escroquerie en bande organisée », précise la même source, sans objectivité aucune.

Depuis, Fillon ne décolère pas contre les journalistes, montrés du doigt par ses militants qu’il accuse de « fouiller dans ses poubelles », détaille le Point, hebdomadaire pro-socialiste s’il en fût. À tel point que le Syndicat national des journalistes (SNJ), premier de la profession, avait demandé le 12 février à Fillon de se « ressaisir » dans un communiqué, indique Le Figaro (autre brûlot gauchiste) : « Ces derniers jours, François Fillon et les principaux responsables de sa campagne s’en sont pris à plusieurs reprises à la presse, rendue responsable de ses difficultés actuelles, à la suite des révélations publiées notamment par Le Canard enchaîné et France 2 ».  En meeting, le candidat de la droite et (paraît-il) du centre, n’hésite pas à attaquer frontalement la presse, en exacerbant la furie de ses supporters. Ce qui probablement leur paraît légitimer la violence verbale et même parfois physique dont il usent face aux journalistes. Comme ce membre de l’équipe de Quotidien : Hugo Clément s’est fait agresser à coup de drapeau français fin 2016 ou carrément giflé le 9 avril, rapporte l’Express (célèbre organe néo-trotskiste).

Fillon croit se défendre… et s’enfonce toujours un peu plus

Mais si l’on regarde les choses avec la tête froide, que font de si terrible ces journalistes voués aux gémonies ? Leur travail. Il faut dire tout d’abord à leur décharge que l’attitude de Fillon ne l’a pas aidé à se faire oublier. Dès l’annonce du soupçon d’emploi fictif de sa femme comme assistante parlementaire, il a cru se blanchir en révélant qu’il avait employé aussi deux de ses enfants avocats. Sauf qu’ils n’étaient pas encore diplômés et qu’en outre, ajoute Les Échos, fidèle à sa ligne éditoriale marxiste-léniniste, Marie et Charles Fillon rétrocédaient respectivement 70 % et 30 % de leurs salaires à leurs parents. Soi-disant pour rembourser le mariage de l’une et le loyer de l’autre. Quotidien favori des bobos gauchistes de la capitale, Le Parisien tente de dédouaner Marie Fillon : « Elle ne voyait pas en quoi son père devait lui offrir son mariage alors qu’il ne l’avait pas fait pour ses frères. Ce remboursement qu’elle a elle-même souhaité est à la fois un gage d’indépendance et d’égalité entre enfants. (…) Elle était libre d’utiliser son argent comme bon lui semble », déclarait son avocat, Me Bougartchev. Mais ces explications ne tiennent pas, comme le souligne le Journal du dimanche, la gazette dominicale des néo-staliniens : un seul de ses frères s’est marié, en 2013, et les rétrocessions d’argent eurent lieu avant 2007…

Puis vint l’affaire des costumes. Offerts par son ami Robert Bourgi, ces vêtements sur-mesure, d’un montant total de 13 000 euros payés en liquide, joutent au patchwork d’affaires visant François Fillon. Là encore, sa défense fut bancale : selon lui, rien ne l’empêchait de recevoir ces cadeaux. Sauf qu’un député n’a pas le droit de recevoir des présents de plus de 150 euros, comme le précise l’Express, décidément jamais à cours de diatribe anarcho-syndicaliste. Mais ce genre de règle ne gêne pas l’ancien Premier ministre, qui déclare en meeting ne détenir qu’un seul compte bancaire. Problème, comme le relève sans gêne la même source activiste, un député est tenu par la loi d’en avoir deux. Qu’à cela ne tienne, pour éteindre le scandale, le député de Paris rend à la maison Arnys ces encombrants costumes, sur-mesure donc (sans doute sans percevoir l’ironie d’un tel acte). Aussitôt, il est étrillé par le même périodique bolchévique, qui sous-entend perfidement que Fillon n’aurait pas rendu les bons costumes. Autant de contrariétés qui justifient selon lui la fureur du candidat contre la presse dans son ensemble.

Pourtant, il faut leur rendre grâce. Grâce à ces multiples médias d’obédience soviétique (tous se réclament de la Pravda, l’organe officiel de l’URSS) que nous savons que, peut-être, le 7 mai prochain, nous aurons un président mis en examen, pendant cinq ans, puisqu’il bénéficiera de l’immunité conférée au chef de l’État. Grâce à la liberté de la presse dont jouit la France, que nous envient nombre de pays, nous avons, nous, la chance d’être informés des turpitudes du monde politique. Grâce à ces « journalopes », comme les appelle affectueusement l’électorat de Fillon, nous sommes un peu plus regardants sur la soupe que certains de nos politiciens, celui-ci entre autres, veulent nous faire avaler.

Néanmoins, l’un de ces journalistes, le plus virulent d’entre eux, le directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, qu’on surnomme dans le milieu « Yves le rouge » en référence à la violence de son bulletin d’extrême gauche, a eu des remords. Aussi, quand des affaires similaires touchèrent le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux, il se fendit d’un tweet où l’on peut lire toute la compassion qu’il éprouve rétrospectivement pour le candidat injustement jeté en pâture à ses confrères :  

 

 

D’ailleurs, sûrement par peur des représailles journalistiques (ou peut-être simplement mû par une envie de probité ?), l’intéressé démissionnera vingt-quatre heures plus tard. Alors que François Fillon s’obstine à postuler à la présidence. Preuve que, contrairement à  ce que laisse supposer ses déclarations, le « quatrième pouvoir » n’en a strictement aucun sur lui…

 


Fans de Fillon jusqu’aux menaces de mort ?


Que les partisans de Fillon le défendent, c’est humain. De là à envoyer des menaces de menaces de morts aux journalistes qui le mettent en cause… C’est pourtant, indique 20 minutes, ce qui est arrivé à nos confrères de Mediapart, du Canard enchaîné et plus récemment du Journal du Dimanche (tous trois à l’origine des différentes révélations sur le candidat à la présidentielle). Un pas que ces courageux anonymes n’auraient sans doute jamais osé franchir sans les attaques frontales de leur champion en meeting. Enfin, on l’espère.

 

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